La hijama, souvent appelée cupping ou ventouses sanguines, est une pratique traditionnelle utilisée depuis des millénaires. Elle consiste à appliquer des ventouses sur la peau pour créer une succion pouvant être sèche (ventouses intactes) ou sanguine (prélèvement contrôlé de sang par petites incisions superficielles). Cette synthèse présente les mécanismes physiologiques proposés, l’état des preuves cliniques, les indications potentielles et les précautions à connaître avant de se faire traiter.
Mécanismes physiologiques proposés
Plusieurs mécanismes ont été étudiés pour expliquer les effets observés après hijama. La succion mécanique augmente localement la pression négative, favorisant une hyperhémie réactionnelle et une augmentation de la microcirculation cutanée et sous-cutanée. Cette stimulation peut améliorer le drainage lymphatique local et contribuer à la réduction des œdèmes. Par ailleurs, la stimulation tissulaire active des réponses anti-inflammatoires locales et modulera potentiellement la transmission de la douleur via des mécanismes neuromodulateurs périphériques et centraux. Des études physiologiques ont montré des changements transitoires dans des biomarqueurs inflammatoires et une variation de perfusion locale après application de ventouses.
État des preuves cliniques
La qualité des preuves varie fortement selon la pathologie étudiée et la rigueur méthodologique des études. Plusieurs essais randomisés et revues systémiques ont évalué la hijama pour la douleur musculosquelettique, en particulier les lombalgies et les douleurs cervicales. Ces études signalent souvent une diminution de la douleur et une amélioration fonctionnelle à court terme, mais elles présentent des limites : petits effectifs, hétérogénéité des protocoles (technique sèche vs sanguine, durée et fréquence des séances), biais de performance et difficultés à réaliser un placebo parfaitement crédible.
En sport et récupération, des études pilotes et des rapports subjectifs suggèrent une amélioration perçue de la récupération et une réduction des douleurs musculaires différées. Pour d’autres indications telles que troubles du sommeil, stress ou maladies chroniques, les données reposent principalement sur des études observationnelles et des résultats auto‑rapportés, donc de faible niveau de preuve. En synthèse, il existe des signaux positifs, notamment pour la douleur aiguë et subaigüe, mais des essais plus larges, mieux contrôlés et avec un suivi à plus long terme sont nécessaires pour confirmer l’efficacité et en préciser la durée d’action.
Indications cliniques possibles
Les indications les plus étudiées et pour lesquelles on observe le plus de bénéfices potentiels sont :
- Douleurs musculosquelettiques (lombalgies, cervicalgies, douleurs myofasciales) : bénéfice modéré à court terme dans plusieurs essais.
- Récupération sportive : amélioration subjective et réduction des douleurs post-effort dans de petits protocoles.
- Symptômes fonctionnels divers (tension, raideur) : effets rapportés mais preuves limitées.
Risques, contre‑indications et précautions
La hijama est généralement bien tolérée lorsqu’elle est réalisée par un praticien formé et dans des conditions d’asepsie. Cependant il existe des risques et des contre‑indications importants :
- Anticoagulants et troubles de la coagulation : risque de saignement excessif ; la procédure est contre‑indiquée sauf avis médical explicite.
- Grossesse : prudence et généralement évitement, surtout pour les ventouses sanguines et sur l’abdomen ou le bas du dos.
- Infections cutanées actives, plaies ouvertes, dermatoses inflammatoires : risque d’aggravation et de dissémination.
- Immunodépression, cancer évolutif : nécessité d’un avis médical avant toute intervention.
Les complications possibles, rares mais réelles, comprennent infections locales, cicatrices, hyperpigmentation, hématomes et, en cas de technique sanguine non maîtrisée, risque infectieux systémique ou transmission d’agents si le matériel n’est pas stérile. Il est essentiel que le praticien utilise des instruments stériles à usage unique pour les incisions et succion, et respecte un protocole d’asepsie strict.
Conseils pratiques avant et après séance
Avant la séance : informez votre médecin traitant si vous prenez des anticoagulants, si vous avez un trouble de coagulation, êtes enceinte, avez une maladie systémique ou des plaies cutanées. Choisissez un praticien formé et qualifié, demandant preuve de formation et respect des règles d’hygiène. Évitez alcool et prises excessives de diurétiques juste avant la séance.
Après la séance : surveillez la zone traitée pendant 48 à 72 heures pour détecter rougeur excessive, chaleur, écoulement ou douleur anormale. Maintenez la zone propre et évitez baignades prolongées ou exposition directe au soleil sur les ecchymoses. Si des signes d’infection ou de saignement persistant apparaissent, consultez rapidement.
Fréquence des séances et suivi
La fréquence dépend de l’indication et de la réponse individuelle. Pour la douleur aiguë, certaines personnes observent une amélioration après une ou deux séances ; pour des douleurs chroniques, un protocole de plusieurs séances espacées sur quelques semaines est souvent utilisé. Un suivi médical est recommandé pour évaluer l’efficacité, ajuster le traitement et surveiller les effets indésirables.
La hijama présente des mécanismes physiologiques plausibles et des signaux positifs dans la prise en charge de certaines douleurs musculosquelettiques et de la récupération sportive. Toutefois, la qualité des preuves reste variable et des études plus rigoureuses sont nécessaires. La décision d’essayer la hijama doit être prise après information, en tenant compte des contre‑indications et en consultant un professionnel de santé si vous êtes sous traitement médical ou avez des pathologies chroniques. Choisir un praticien compétent et veiller à l’asepsie sont des conditions essentielles pour maximiser la sécurité.
